On sait enfin qui est l'inconnu à lunettes dans MINDHUNTER

Un futur tueur en série, bien évidemment.

© Netflix.

Avec sa mise en scène chirurgicale signée David Fincher et ses personnages torturés, MINDHUNTER rend ses spectateurs paranoïaques. Cette atmosphère suffocante est représentée dans des scènes spécifiques, notamment celles où la docteure Wendy Carr (Anna Torv) donne une boîte de thon à ce qu’on présume être un chat. Mais sincèrement, qui ne s’attendait pas à voir une main menaçante sortir de la pénombre et mettre un terme à la vie de la consultante du FBI ? Dans la série, tous les proches d’Holden et Bill subissent les conséquences de leurs interviews et on finit par penser que chaque individu qu’ils croisent est possiblement un serial killer.

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Hormis le pilote, tous les épisodes de MINDHUNTER s’ouvrent sur un "cold open" de quelques secondes introduisant un personnage mystérieux et loin d’être innocent. De cet homme, on sait uniquement qu’il est employé chez ADT Corporation et réside dans le Kansas. Si on regarde la liste du casting de la série, on remarque que cet anonyme est incarné par Sonny Valicenti (son personnage est présenté comme l'"ADT Serviceman"). Jusqu’à la révélation finale du dernier épisode, tout est fait pour que son identité reste secrète. Pourtant, plusieurs indices confirment que cet homme est en réalité le tueur en série Dennis Rader, aka "BTK".

Le personnage de Sonny Valicenti obéit au schéma cinématographique du "planté récolté", qui consiste à introduire un élément scénaristique jugé peu important. Plus ou moins sous la forme d’un twist, cet élément reviendra plus tard dans l’histoire pour créer la surprise. Dans le cas présent, l’employé d’ADT embrasse peu à peu son destin de tueur en série. Si Netflix commande une deuxième saison de MINDHUNTER, l’homme devrait passer à l’action et s’attirer l’intérêt des agents de l’Unité des sciences comportementales.

Mise en abyme de l’enquête

La série de David Fincher joue habilement avec les niveaux de lecture. Comme Holden et Bill, on se prend à enquêter, tenter de décrypter et de profiler chaque personnage introduit dans l’histoire. On sait combien le réalisateur de The Social Network porte une attention presque névrotique aux détails dans sa mise en scène. Avec son équipe de scénaristes et de réalisateurs, David Fincher a dissimulé plusieurs indices confirmant l’identité de l’employé d’ADT.

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Le premier se base sur la ressemblance physique. Les chargés du maquillage et du casting ont fait un travail colossal pour faire adopter aux acteurs les traits et les caractéristiques corporelles de chaque tueur en série. Les comédiens Cameron Britton (Ed Kemper), Happy Anderson (Jerry Brudos) et Jack Erdie (Richard Speck) sont le reflet des meurtriers IRL. Sonny Valicenti ne déroge pas à la règle, portant des lunettes de vue à monture Aviator, une moustache et un front dégarni similaires à ceux de Dennis Rader. Et dès le deuxième épisode, son collègue d’ADT l’appelle "Dennis".

L’épisode 5 apporte un nouvel élément, discret et pourtant essentiel à l’enquête. On y voit l’inconnu poster une lettre. Une scène somme toute anecdotique mais qui est en vérité lourde de sens. Entre 1974 et 1991, Dennis Rader prenait un malin plaisir à envoyer des missives aux médias américains, dans lesquelles il décrivait précisément ses meurtres. C’est aussi à cette occasion qu’il a créé son surnom de "BTK". Un acronyme pour "bind, torture and murder" ("ligoter, torturer et tuer"), résumant son modus operandi.

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Si vous prêtez justement attention à la toute dernière scène de la saison 1, où le futur Dennis Rader brûle des dessins particulièrement glauques, les femmes représentées sont ligotées et torturées. En calcinant ses croquis, "BTK" franchit symboliquement une nouvelle étape : le meurtre. En saison 2, on ne serait pas étonnés de le voir tuer sa première victime pour satisfaire ses fantasmes sordides et morbides.

Enfin, les esquisses comportent un détail majeur sur l’identité de l’employé d’ADT. Il faut s’arrêter sur une capture d’écran et zoomer pour remarquer les trois lettres de son acronyme sur certains dessins. Difficile de contredire cette théorie après la présence, avant l’heure, de sa signature…

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Un homme libre pendant 31 ans

Dennis Rader est né en 1945 à Pittsburg (à ne pas confondre avec son homophone pennsylvanien) au Kansas. Il est l’aîné de quatre enfants qui ont grandi à Wichita, la plus grande ville de l’État. Son enfance est décrite comme normale et agréable, même s’il avait un comportement "déviant", comme aime le dire Holden. Il s’amusait à suspendre des animaux errants.

Après une courte scolarité, il abandonne le lycée et s’engage dans l’armée au milieu des années 1960. Il retourne ensuite à Wichita pour épouser sa femme Paula et trouve un nouveau job chez… ADT Corporation. Le 15 janvier 1974, il étrangle jusqu’à la mort une famille de quatre personnes et emporte avec lui une radio et une montre. Cette kleptomanie deviendra sa marque de fabrique sur les dix personnes qu’il tuera entre les années 1974 et 1991.

Son deuxième comportement type est de laisser des indices sur les lieux du crime. Les enquêteurs retrouvèrent notamment du sperme. Dans une de ses lettres, il expliquera trouver une certaine forme d’excitation dans l’action de tuer. Kevin Bright, le frère d’une des victimes de Dennis Rader, est le seul survivant de sa folie meurtrière. Dans un témoignage sur la chaîne CNN, il décrivit la scène de cette manière glaçante : "c’est un homme de taille moyenne, à la moustache touffue qui a un regard psychotique". […] Il a sorti une arme de sa ceinture. Il m’a frappé avec et tiré dessus. Il est parti faire un tour puis m’a tiré dessus une deuxième fois. J’ai fait semblant d’être mort."

© The Wichita Eagle.

C’est après le meurtre de Kathryn Bright qu’il commence à disperser ses lettres décrivant les crimes. Il commence par en cacher une dans un livre d’une bibliothèque publique avant de les envoyer aux médias. Parfois, il rédige des poèmes ou dessine de simples croquis. À chaque fois, il avertit les autorités qu’il recommencera à tuer et se joue d’eux à plusieurs reprises. Lors de l’assassinat de Nancy Fox en 1977, il appelle lui-même la police après avoir commis son crime.

Malgré les nombreux indices qu’il abandonne volontairement, les autorités ne parviennent pas à l’identifier. En avril 1979, il tente de mettre fin aux jours d’une dame âgée qui par miracle ne sera pas chez elle. Il laisse une note disant qu’il reviendra. Finalement, Dennis Rader ne recommencera à frapper que cinq ans plus tard. Comme tout le monde ignore qu’il a un alter ego diabolique, "BTK" vit comme un individu normal : il devient gardien d’un parc public, meneur de boy-scouts et président du conseil de son église locale.

Sa soif de sang reprend en 2004. Il souhaite célébrer les trente ans de son premier meurtre et renvoie de nouvelles lettres aux médias en leur expliquant qu’il est de retour. Ces dernières contiennent des éléments de ses précédents homicides, dont des photos, un puzzle et un résumé de sa propre histoire. Il laisse également une boîte qui sera l’indice de trop : cette dernière contient un disque dur volé qui va conduire les autorités jusqu’à l’église de Dennis Rader.

Après un test d’ADN concluant réalisé à l’aide de sa fille, "BTK" est arrêté le 25 février 2005. Il reconnaît tous ses crimes, plaide coupable et fait une description très précise de ses meurtres devant la Cour, sans exprimer un seul remord ou toute autre forme d’émotion. Pour les plus courageux, son témoignage est disponible en intégralité sur YouTube. Les jurés sont désemparés, son voisinage choqué et profondément bouleversé par la vérité. Certains vivaient à côté d’un tueur en série depuis plus de vingt ans sans avoir décelé une seule seconde sa véritable identité. Terrifiant.

En France, MINDHUNTER est disponible en intégralité sur Netflix.

Par Adrien Delage, publié le 23/10/2017

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