Série culte : Oz, ce chef-d'œuvre carcéral

Fer de lance des dramas made in HBO, la série Oz a bouleversé les codes des séries télé en nous plongeant dans l'univers violent des prisons américaines.

Durant six saisons de huit épisodes (seule la quatrième en compte le double) s'étalant entre 1997 et 2003 sur HBO, la série Oz a dépeint de manière très crue l'univers d'une prison américaine.

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Surnom donné au Oswald State Correctionnal Facility, Oz est un pénitencier imaginaire de haute sécurité qui accueille une unité pilote, "Emerald City", où se côtoient les grands criminels et les petits délinquants. Elle a été conçue par Tim McMannus pour favoriser la réinsertion des détenus en leur laissant certaines libertés et responsabilités.

Oz et la (re)naissance de HBO

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Après avoir passé près de 20 ans à diffuser des films, des documentaires et du sport, HBO lance ses propres séries originales au début des années 1990. La première grande série dramatique de HBO, Oz, naît en 1997, deux ans avant Les Soprano. Elle se démarque par sa liberté de ton sans précédent à la télé US.

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Cette œuvre innovante n’aurait sans doute pas pu voir le jour sans l’audace de Chris Albrecht (alors président de la programmation originale de la chaîne câblée), comme l’explique le créateur d'Oz, Tom Fontana, dans une interview aux Emmys :

À l’époque, ce qui démarque Albrecht, c’est qu’il fait confiance au talent. Il écoute. Et il adore mettre le bordel. Son mot d’ordre : 'je me fous que les personnages soient aimables tant qu’ils sont passionnants.' Il m’a donné une liberté totale, pas seulement avec la violence et le cul, mais pour créer une structure narrative nouvelle. Il m’a demandé ce qu’on ne me laisserait jamais faire sur un network. J’ai répondu : 'tuer un personnage principal'. Il a dit : 'faisons-le.'

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Et ouais, 10 ans avant Game of Thrones ! A "Em City", les conflits ethniques, religieux et sociaux (entre les Irlandais, les musulmans, les LGBT, les bikers, les latinos, les aryens) sont monnaie courante. Pour les régler, tous les coups sont permis : couteau, viol, immolation, drogue, émeute et même emmurement. Survivre à Oz, tant physiquement que psychologiquement, relève presque de l'exploit.

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Critique du système carcéral

L'autre originalité de la série, c'est qu'elle met en scène un narrateur mythique en la personne d'Augustus Hill. Egalement détenu à Oz, on le retrouve en ouverture et en clôture de chaque épisode, en fauteuil roulant, dans sa cage de verre où il raconte à travers ses monologues acerbes et ironiques, sa réflexion sur la prison et sur le monde.

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Véritable plaidoyer contre le système carcéral et la peine de mort aux Etats-Unis, le message politique d'Augustus (et derrière, du showrunner Tom Fontana) est clair : si vous n'étiez pas forcément un vrai criminel en entrant en prison, vous le serez en sortant. En privant les détenus d'intimité et d'humanité, la prison apparait ici comme un moyen de punition mais aucunement de réinsertion.

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Oz ne cherche pas à atténuer la dure réalité de l'univers carcéral et c'est justement ce qui fait sa force. Les scènes de viols entre détenus, notamment celles concernant le jeune sicilien Ninno Schibetta, sont particulièrement insoutenables mais malheureusement indispensables.

Son succès, Oz le doit également à ses acteurs de talents, du démuni Tobias Beecher (Lee Tergesen), à l'insaisissable Chris Keller (Chris Meloni) en passant par le charismatique Imam Said ou l'effroyable Adebisi. Et si vous avez trouvé J.K Simmons excellent en prof de batterie tyrannique dans Whiplash, attendez de le voir en aryen pervers dans Oz.

La scène culte de Oz

Dans Oz, on suit le quotidien de prisonniers violents mais aussi le "breaking bad" de Tobias Beecher, père de famille et avocat respectable, condamné pour avoir renversé et tué une petite fille alors qu’il conduisait en état d’ivresse. Il va sombrer dans la jungle carcérale.

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Dés son arrivée et tout au long de son incarcération, une longue et violente rivalité s'installe entre lui et Vernon Schillinger, le chef de la fraternité aryenne. Dès le premier épisode, le nazi lui tatoue de force une croix gammée et ne cesse de le malmener. Poussé à bout, Tobias va "péter un câble" et  se venger en déféquant carrément sur le visage de son pire ennemi. Attention, scène culte.

Les héritiers d'Oz

Même si l'univers carcéral a de tout temps fasciné, depuis Oz, plusieurs séries ont choisi de planter leur décor derrière les barreaux. En 2005, on retrouve les deux frères Lincoln Burrows et Michael Scofield, qui tentent de s'évader la prison de Fox River dans Prison Break. Onze ans après, une suite de leurs aventures est même prévue avec le cast d'origine.

'PRISON BREAK' TV SERIES - 2005

En 2013, la poétique Rectify est lancée sur SundanceTV. On suit Daniel Holden, un condamné à mort libéré après plus de 19 ans d'emprisonnement. Même si la série ne se passe pas uniquement en prison, de nombreux flashbacks nous dévoilent la difficulté de l'enfermement des détenus.

La même année, une série australienne Wenworth suit le quotidien de femmes en prison, entre rivalités et guerres de clans. Mais quand on parle de prison pour femmes, impossible d'oublier les détenues de Litchfield de l'excellente Orange Is the New Black. Une dramedie qui bouscule également les codes avec ses personnages forts et hauts en couleur. Piper, Alex, Sophia ou "Crazy Eyes" seront de retour en juin, pour leur quatrième saison.

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Encore aujourd'hui, aucune série carcérale n'a réussi à aller aussi loin qu'Oz en terme de créativité ou de liberté de ton. Oz a marqué les esprits parce qu'elle est crue, violente, dure, bref, parce qu'elle est vraie. Original, très intelligent et parfois traumatisant, ce huis-clos haletant pousse à la réflexion et porte un regard sans concession sur le système pénitentiaire.

Par Robin Fougassié, publié le 28/03/2016

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