Pourquoi les showrunneuses d’Hollywood veulent plus de femmes derrière la caméra

Alors que le succès de Wonder Woman concourt à mieux représenter les femmes au cinéma, dans le monde des séries, les showrunneuses ont pris la parole lors du Festival de l’ATX, à Austin.

showrunneuse

Dans une industrie dirigée par des hommes, en particulier des hommes blancs d’un certain âge, il n’est pas simple pour les femmes de se faire une place. Elles sont sans cesse obligées de prouver leur valeur et n’ont pas le droit de se tromper. "Les femmes ont le droit à l’erreur et doivent être traitées comme n’importe quel être humain", explique Jennifer Kaytin Robinson, créatrice et showrunneuse de Sweet/Vicious. Et les chiffres sont là pour le démontrer : une étude du Center for the Study of Women in Television and Film, menée en 2016 à l’université de San Diego, rapporte que sur la saison 2015-2016, 60 % des programmes étudiés – toutes chaînes confondues – n’ont employé que 4 femmes ou moins en coulisses (dans les rôles de créatrice, réalisatrice, productrice, productrice associée, scénariste, monteuse et directrice de la photographie).

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Dans ce contexte, lorsqu’une femme se retrouve en position de pouvoir, où elle a le contrôle de sa série, une seule solution s’impose pour ne pas être constamment confrontée à l’obligation de prouver ce qu’elle vaut : embaucher d’autres femmes. Selon ce même rapport, les séries avec au moins une créatrice comptent un pourcentage beaucoup plus élevé de femmes à la réalisation et au scénario que les séries créées par des hommes. Et il en va de même pour les séries avec au moins une productrice associée. "En tant que productrice, raconte Kyra Sedgwick (The Closer), j’ai toujours tendance à vouloir embaucher des femmes plutôt que des hommes, même si elles ont moins d’expérience." Mais avant de voir là une sorte d’aversion pour le sexe opposé, il faut se mettre dans leurs baskets. Pour ces femmes, il est plus simple de travailler avec d’autres femmes. Elles ont donné aux hommes auparavant. Elles ont fait leurs classes auprès de cette figure patriarcale de l’homme blanc âgé, maître d’Hollywood.

Pour Liz Tigelaar, productrice sur la série Casual, les femmes n’ont rien contre les hommes, mais elles ont toujours dû travailler avec eux. "Au bout d’un moment, on veut prendre les choses en main, explique-t-elle. Sur Casual, nous n’avions que des femmes à la réalisation cette saison, et la majorité des scénaristes était aussi féminine. C’était une priorité." L’homme n’est pas "rejeté", mais dans un contexte de travail dominé par les femmes, il devient juste plus facile d’embaucher d’autres femmes. Sur l’année 2015-2016, 27 % des scénaristes de télévision étaient des femmes, alors que 76 % des programmes étudiés ne comptaient aucune femme à l’écriture.

Une façon de travailler différente

Complex, Not Complicated Panel during the 2017 ATX Festival Season 6 on Friday June 9, 2017 in Austin, TX. (Photo by: Waytao Shing)

Liz Tigelaar et Kyra Sedwick à l’ATX Festival le 9 juin dernier (©️Waytao Shing)

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Pourquoi cette volonté de s’entourer de femmes, au-delà du fait de vouloir leur donner plus d’opportunités ? D’une part, il y a l’idée qu’entre femmes, "on peut avoir des discussions que nous n’aurions pas avec des hommes", constate Tigelaar. La collaboration est donc plus aisée, et le travail se fait de manière plus fluide. D’autre part, il y a aussi le fait que les femmes, les mères en particulier, comprennent l’intérêt de travailler efficacement : "Elles font le boulot, parce qu’elles veulent pouvoir rentrer à la maison et voir leurs enfants", ajoute Tigelaar. Ces femmes n’ont pas de temps à perdre et ont un goût pour le travail bien fait.

Ces raisons ne sont cependant pas les seules à motiver les showrunneuses et productrices d’Hollywood à se tourner vers le sexe féminin, en particulier derrière la caméra. Selon Paul Garnes, producteur exécutif sur Queen Sugar, Ava DuVernay, la créatrice du show, a par exemple insisté pour que la première saison de la série ne soit réalisée que par des femmes. Avec trois personnages principaux féminins, DuVernay voulaient s’assurer qu’une touche féminine se chargerait de porter leurs voix à l’écran. Les intérêts narratifs d’une série peuvent être aussi ce qui motive les showrunneuses.

Plus d’opportunités à l’horizon

Le choix de DuVernay a eu des conséquences inattendues sur la suite de la série. En effet, les réalisatrices de la première saison, fortes de leurs succès sur Queen Sugar, se sont révélées indisponibles pour travailler sur la saison deux. Une excellente nouvelle pour ces réalisatrices qui avaient du mal à trouver du travail avant d’être embauchées sur la série. En réalité, sur l’année 2015-2016, seuls 11 % des metteurs en scène de séries étaient des femmes. Si les chiffres pour 2016-2017 ne sont pas encore tombés, on peut cependant espérer une augmentation du nombre de femmes derrière la caméra, car le manque d’opportunités pour les femmes est un problème qui semble trouver, doucement mais sûrement, une solution.

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© OWN

Queen Sugar (©OWN)

Pour Mara Brock Akil, showrunneuse de Being Mary Jane, il est important de continuer à aider les femmes dans ce métier. "Il faut guider les jeunes filles en particulier, les exposer à la créativité. Il ne faut pas attendre qu’ils soient en âge de travailler pour élever nos enfants, fille ou garçon, de façon à ce qu’ils soient les meilleurs candidats pour un job." Pour la scénariste, il est important d’éduquer les générations futures de manière à ce que l’égalité homme-femme dans ce métier devienne une évidence.

Si nombre de femmes showrunneuses et productrices offrent de plus en plus d’opportunités pour les femmes à la réalisation de séries, la télévision comme le cinéma ont un rôle à jouer dans tout cela. Avec Wonder Woman qui explose le box-office américain (plus de 285 millions de dollars de recette jusqu’ici), il est important de souligner que ce film, réalisé par une femme (Patty Jenkins), n’est que le témoin de la nécessité de voir plus de femmes à la barre d’Hollywood. Une réalité que plus personne ne peut désormais ignorer.

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Par Marine Pérot, publié le 22/06/2017

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