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The Mist est dans le brouillard sur des sujets sensibles comme la bisexualité

Avec ses tropes usés jusqu’à la moelle, The Mist réussit à faire reculer les mentalités d’au moins vingt ans. Respect.

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Pendant que Freeform misait sur la fraîcheur de The Bold Type et SyFy renouvelait sa grille des programmes grâce à Blood Drive, la chaîne câblée méconnue Spike lançait The Mist. Énième adaptation d’une œuvre signée Stephen King, la série nous entraîne dans la petite bourgade de Bridgton alors que ses rues se retrouvent envahies d’une épaisse brume. Alors que les habitants sont divisés aux quatre coins de la ville en petits groupes épars, tous vont se rendre compte que ce brouillard n’a rien de normal et semble capable de donner vie à leurs pires cauchemars. Après un pilote décevant, est-ce que la série a su redresser la barre ? Nope, tout le contraire.

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Un traitement du viol maladroit

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Dès l’épisode inaugural de The Mist, avant que la brume ne se répande, la jeune Alex est victime de viol. Adolescente introvertie, elle se rend à une soirée chez l’athlète populaire de son lycée (évidemment) et se réveille le lendemain, sous le choc de ce qui s’est déroulé la veille. On abuse d’elle après l'avoir droguée et elle ne se souvient de rien. Elle fait alors confiance à son meilleur ami, Adrian, un maigrichon gothique vraisemblablement mal dans sa peau. Dès lors, il faut être dupe pour ne pas s'apercevoir que c’est bel et bien son BFF qui a commis cette atrocité, et non plus pas son crush aux biceps saillants.

Mais la véritable identité de son agresseur sexuel n’est explicitement dévoilée que dans le huitième épisode de la saison. Ce qui veut dire que pendant la grande majorité de cette fournée, l’intégralité des personnages de The Mist est convaincue que Jay, le lycéen sportif, est le grand coupable. Pourtant, cela n’empêche pas Alex de passer outre son viol avec une facilité désarçonnante, faisait fi d’un éventuel stress post-traumatique ou autre dépression chronique. Coincée dans un centre commercial avec sa mère et d’autres habitants de Bridgton, elle n’a qu’une idée en tête : pardonner à Jay et aller de l’avant.

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En même temps, Jay n’a de cesse de la suivre partout où elle va afin de pouvoir s’expliquer sur les événements de la fameuse soirée où tout a dérapé. Si sa mère n’était pas présente pour l’en empêcher, Alex serait déjà dans les bras de son agresseur présumé. C’est là que The Mist montre un sacré signe de faiblesse. De toute évidence, la série fantastique n’est pas apte à traiter le sujet du viol d’une façon pertinente et encore moins empathique. Bien entendu, chaque victime réagit différemment à une telle agression. Mais la réaction d’Alex, en revanche, est tout bonnement incompréhensible.

Pourquoi souhaiterait-elle passer du temps avec l’homme qui a supposément abusé d’elle ? Un viol est un acte grave. En incluant une réaction aussi légère de la part de la victime, The Mist ne fait que minimiser l’impact d’une agression sexuelle. La série fait passer le message problématique qu’un tel acte révulsant peut, selon certaines conditions, être pardonné. Or le viol ne se situe pas dans une zone grise. C’est une action abjecte qui se doit d’être condamnée, et surtout pas nuancée.

La perpétuation de stéréotypes 

Ce n’est pas seulement là que l’adaptation de Stephen King pèche. En plus de se montrer maladroite dans son approche du viol, The Mist ne sait pas comment porter à l’écran un personnage bisexuel. Dès le pilote, Adrian (celui qui s’avère être le véritable violeur d’Alex, suivez !) est vendu comme un ado marginal, peu accepté par ses pairs et surtout ouvertement bi, clamant qu’il "ne tombe pas amoureux d’un genre mais d’une personnalité". On baigne d’ailleurs davantage dans la pansexualité, mais là n’est pas le problème.

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Non, le problème majeur du show réside dans le développement de son personnage. Dans un premier temps outsider maniéré et décalé, Adrian fait tomber le masque progressivement et se révèle être un pur sociopathe. Il est sous-entendu lors d’un échange tendu avec son père qu’il était sous médicaments pour calmer ses tendances borderline, mais clairement ça ne lui réussit pas. Une tentative de creuser le personnage a lieu en milieu de saison, alors qu’il se retrouve coincé dans un hôpital avec un quarterback homophobe de son école. On comprend alors très vite que les deux ados ont un passé tumultueux et que le sportif en question est en réalité un homosexuel refoulé. Un trope vu et revu, vous avez dit ? Tout à fait.

Malgré tout, leurs retrouvailles dans ce complexe hospitalier permettent d’approfondir Adrian, dépeignant l’adolescent comme perturbé en proposant des pistes de réflexion. En plus d’être violenté par ses camarades de classe (et son amant occasionnel donc), il souffrait d’une relation toxique avec ses parents qui peinaient à l’accepter tel qu’il était. En bref, le pauvre Adrian avait de sacrés bagages émotionnels derrière lui. Son évolution, bien que cohérente du début à la fin, n’excuse pas les idées rétrogrades véhiculées par les scénaristes.

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Inclure un protagoniste bisexuel dans une fiction du petit écran, c’est bien. Très bien, même. En revanche, expliquer son orientation sexuelle sous couvert de problèmes psychologiques revient à renforcer l’idée que les bisexuels sont des individus déviants et instables. Sachant que le personnage d’Adrian n’existe pas dans la nouvelle littéraire ayant inspiré le show, The Mist aurait clairement pu se passer de cet ajout. Souvent en marge de la communauté LGBTQ+, les bisexuels n’ont pas besoin d’être représentés d’une manière aussi désuète et aussi peu empathique.

En ça, cette adaptation de Stephen King s’impose comme une œuvre résolument problématique, de par son manque de tact et de considération pour les minorités qu’elle veut représenter. Pour couronner le tout, la série est bancale dans son ensemble, proposant des scènes peu plausibles, desservies par des prestations loin d’être convaincantes. Pour réellement apprécier The Mist, il faut la voir comme une série B, comme une œuvre de seconde zone à ne pas prendre au sérieux. En 2017, c’est triste de devoir dire ça d’une série.

L’intégralité de The Mist est disponible dès maintenant sur Netflix.

Par Florian Ques, publié le 05/09/2017

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