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Des stars de Skins reviennent sur les conditions de tournage des scènes de sexe

Publié le

par Marion Olité

©Channel4

"J’ai vraiment l’impression que j’étais trop jeune et qu’on ne m’a pas protégée."

Série culte du genre teen drama, l’anglaise Skins a longtemps été applaudie pour sa peinture certes trash mais assez réaliste du mal-être adolescent et du rapport des jeunes au sexe et aux soirées arrosées. À l’époque de sa diffusion, la communication insistait beaucoup sur le travail collaboratif entre ados et adultes, autant sur le plateau que dans sa writer’s room, dont l’âge moyen était de 21 ans. La série a en effet été créée par Bryan Elsley et son fils Jamie Brittain. Pourtant, cette image de bonne ambiance générale et d’ados mis sur un pied d’égalité avec les adultes s’écorne sérieusement après les témoignages de deux anciennes stars du hit anglais, diffusé entre 2007 et 2014 sur Channel 4.

Dans le dernier numéro de son podcast, diffusé sur Instagram et intitulé "Are You Michelle from Skins?", l’actrice April Pearson de la première génération (Michelle donc) recevait une autre membre de la grande famille Skins (la série compte 7 saisons et trois générations d’acteurs et actrices) en la personne de Laya Lewis, l’interprète de Liv.

April Pearson dans le rôle de Michelle, ado de la première génération de Skins (©Channel4)

Les deux femmes ont partagé leurs souvenirs du tournage, et ils ne sont pas reluisants. La première explique son ressenti à partir de la 24e minute du podcast :

"Il y a une différence entre être officiellement assez âgée et mentalement assez âgée. J’avais cette conversation avec mon mari et je disais que j’ai vraiment l’impression que j’étais trop jeune et qu’on ne m’a pas protégée."

Laya Lewis rebondit : "J’ai fêté mes 18 ans juste au début du tournage, donc j’ai eu beaucoup plus de scènes de sexe que tout le monde. Mon premier jour de tournage était une scène de sexe."

Elle poursuit :

"Je pense que c’est de bonne guerre, nous sommes des actrices et nous jouons. Mais je pense aussi que si tu fais du casting sauvage dans la rue, ce qui est essentiellement ce qu’ils faisaient pour avoir un rendu authentique à l’écran, il faut un peu d’aide ou parler des choses, je ne sais pas. C’était juste un peu trop de faire comme [si c’était inné, ndlr], bang, le premier jour, vous êtes là. "

Au vu du ressenti de ces deux actrices, il a clairement manqué sur le plateau une coordinatrice d’intimité : ce nouveau métier, apparu après #MeToo, consiste à épauler les acteurs et actrices durant les scènes de sexe d’une série ou d’un film, répondre à leurs interrogations et faire lien entre le ou la réalisateur·ice et ses interprètes. Aujourd’hui, des séries ado (mais pas que) telles que Sex Education ou Euphoria travaillent avec des coordinatrices d’intimité comme Ita O’Brien. Elles sont là pour répondre aux besoins des acteurs et actrices et chorégraphier ces scènes, car jouer une scène de sexe n’a rien de naturel. Il s’agit d’un type de cascade particulier. Mais il a fallu #MeToo et des voix courageuses d’autres actrices traumatisées par d’anciens tournages pour qu'on se rende compte de cela.

La troisième génération de Skins (saison 6) avec en bas à droite Laya Lewis. ©Channel4

Un environnement de travail problématique

Au-delà des scènes de sexe, Laya Lewis est revenue sur d’autres moments marquants pour elle, et franchement inquiétants sur la façon dont les actrices en particulier ont été traitées sur le tournage. L’actrice s’est remémoré le tournage au Maroc pour le début de la saison 6 (à la 47e minute dans le podcast).

"J’ai ressenti beaucoup de pression pour être plus mince. De la part des créateurs en fait ou des personnes en coulisses. À un moment donné, on nous a dit de ne pas prendre de petit-déjeuner et de ne prendre qu’une pomme de terre garnie pour le dîner. Pour la saison 6, on a eu une réunion où on nous a dit de sauter les repas.

Il y a aussi eu ce moment où nous avons tous dû, lors du tournage – qui se déroulait au Maroc dans le premier épisode de la saison 6 –, en bikini ou en maillot de bain, nous tenir un par un dans une pièce avec juste nous et [un homme] beaucoup plus âgé que nous l’étions alors… Et on nous disait si on était assez belles ou pas pour être filmées au Maroc."

April Pearson conclut : "À l’époque, on était jeunes et on débarquait. On ne sait pas quoi dire, oser parler, est-ce que c’est bien… Et comme pour beaucoup de victimes de traumatismes, on y repense plus tard et on se dit : 'Ouais, c’était tordu.'"

Les réponses du côté du diffuseur ainsi que du créateur de Skins ne se sont pas fait attendre. Un·e porte-parole a expliqué au média anglais Digital Spy :

"Il est très inquiétant d’entendre les commentaires qui ont été faits. Nous disposons désormais d’un dispositif confidentiel, intitulé 'Speak Up', qui est largement diffusé sur nos feuilles d’appel de production en cours. Cependant, nous prenons très au sérieux toutes les allégations de comportement inapproprié et nous encourageons toute personne ayant des inquiétudes à se manifester."

De son côté, un·e représentant·e du co-créateur de Skins, Bryan Elsley, a publié une déclaration au journal le Sun : "Nous sommes profondément et sans aucune ambiguïté désolés que des membres du casting se soient sentis mal à l’aise ou insuffisamment respectés dans leur travail, pendant leur passage sur Skins. Nous sommes engagés pour améliorer en permanence les conditions de travail et les rendre sûres, dignes de confiance et agréables pour les personnes qui travaillent dans l’industrie de la télévision."

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